Situer

par Entropia

« Les technologies de l’information et de la communication (TIC) véhiculent une image de légèreté et d’absence de friction. Les coûts de transaction et les frais de transport sont ramenés quasiment à zéro. Leur effet sur l’écologie planétaire semble être nul. Mieux, elles permettent d’observer la planète et ses évolutions de loin, sans avoir l’air d’y toucher. Est-ce réellement le cas ? » Fabrice Flipo s’emploie à contester cette idée reçue en constatant que les TIC, comme c’est le cas pour les déchets de tant d’autres produits, ont des effets négatifs seulement pris en compte lorsqu’ils se manifestent.

Pour Gérard Dubey, le fantasme du contrôle total, induit par le macro-système Technique, préfigure dans les faits les intuitions de George Orwell. Big Brother accumule et teste in vivo tous les outils mis à sa disposition par la technique. Si « la catastrophe apparaît peu à peu comme la seule issue crédible de la civilisation thermo-industrielle », n’est-il pas urgent de retrouver les pratiques d’une temporalité libérée des disjonctions émiettées de l’économie et de la technique ?

Orwell encore avec ce monde virtuel et cet univers parallèle dont Alexandre Duclos et Raphaël Koster brossent la situation dans l’exemple de Second Life. Cette « simulation de vie » entraîne irrémédiablement la mutilation de la sensibilité, mais elle ouvre des perspectives infinies d’extension, donc de croissance, selon ses adeptes qui feignent d’ignorer que « le monde virtuel n’est pas plus infini que le monde réel ». C’est le mythe de la croissance sans limites qu’il convient de déréaliser pour rendre au monde concret « sa dimension infiniment poétique ».

S’appuyant sur une évocation de la tragédie de Bhopal, Tommaso Venturini dresse un portrait sans concession de la fameuse « révolution verte » mise en place pendant plusieurs décennies pour donner au Sud les moyens techniques de son développement. Le résultat de cette opération au long cours montre qu’elle n’a pas été autre chose qu’un processus d’industrialisation des systèmes agricoles traditionnels, sans augmentation de la productivité, ni amélioration de la disponibilité de nourriture, ni développement du bien-être des populations concernées.

Mais, les dérives du développement n’affectent pas seulement le domaine tangible des matières soumises aux enjeux technico-économiques. La technoscience a pris pied dans les imaginaires à travers les techniques de développement personnel. Paul Ariès s’emploie à situer les ressorts idéologiques du développement personnel comme allant de pair avec la société productiviste et consumériste. Il considère que notre société fonctionne selon « une logique de dopage » biologique ou psychique car elle a perdu ses repères symboliques. Ainsi, il affirme que le développement personnel est « l’autre face de la célébration de la marchandise à laquelle se livre sans fin le système ».